Un fait : trente-six étoiles et une année de 365 jours
Commençons par le calendrier, parce que tout part de lui. L'année civile égyptienne comptait douze mois de trente jours, soit trente-six périodes de dix jours, auxquelles s'ajoutaient cinq jours supplémentaires, les épagomènes. Trente-six fois dix, plus cinq : 365.
À chacune de ces décades correspondait une étoile ou un petit groupe d'étoiles. Les Grecs les appelleront plus tard les décans. Leur propriété est simple à observer : chaque décan réapparaît à l'est, juste avant l'aube, après une période d'invisibilité où le Soleil le noie dans sa lumière. C'est ce qu'on appelle le lever héliaque. Tous les dix jours environ, un nouveau décan prend le relais. Parmi eux, le plus sûrement identifié est Sopdet, que nous appelons Sirius ; pour la plupart des autres, les identifications restent discutées.
Rien, à cette époque, n'atteste qu'on y lisait un destin. On les regardait pour savoir où on en était de l'année, et où on en était de la nuit.
Sur l'intérieur des couvercles de cercueils
Les plus anciens témoins de ce système ne sont pas des traités. Ce sont des tableaux peints à l'intérieur de couvercles de cercueils en bois, entre la Première Période intermédiaire et le Moyen Empire. Les égyptologues les datent à partir de la IXe ou de la Xe dynastie, vers 2100 avant notre ère, et la pratique se poursuit jusqu'à la XIIe dynastie. Beaucoup viennent d'Assiout, en Moyenne-Égypte, fouillée au XIXe siècle.
On les appelle « tables stellaires diagonales », ou « horloges stellaires ». Le tableau se lit comme une grille : chaque colonne correspond à une décade de l'année, chaque ligne à une heure de la nuit. Dans une colonne, douze décans se succèdent, de haut en bas, dans l'ordre où ils se lèvent. D'une colonne à la suivante, la liste glisse d'un cran, ce qui dessine sur le couvercle les diagonales qui leur donnent leur nom.
Le corpus est mince. L'historienne de l'astronomie Sarah Symons, de l'université McMaster, en recense 27, dont une seule ne vient pas d'un cercueil : elle orne un plafond de temple. Le travail fondateur reste celui d'Otto Neugebauer et Richard Parker, qui ont publié ces textes à partir de 1960 sous le titre Egyptian Astronomical Texts.
Douze heures de nuit, puis vingt-quatre
Ces tableaux attestent un détail que tu portes au poignet : la nuit y est divisée en douze heures. Plus tard, les Égyptiens diviseront aussi le jour en douze, avec des cadrans solaires. Douze et douze : c'est l'une des sources reconnues de notre journée de vingt-quatre heures.
Ces heures-là n'étaient pas nos heures. Elles s'étiraient ou se raccourcissaient avec la saison, puisque la nuit d'hiver est plus longue que celle d'été. Ce sont les astronomes grecs de l'époque hellénistique, Hipparque en tête, qui ont calculé en heures égales ; la vie courante a gardé longtemps les heures de saison.
Point d'honnêteté : on ne sait pas exactement à quoi servaient ces tables. La lecture classique y voit une horloge de la nuit. Sarah Symons la discute. Les « heures » ainsi mesurées seraient irrégulières et plus courtes que soixante minutes, et elle propose d'y voir plutôt un almanach, un relevé de l'état du ciel au fil de l'année. Autre fait qui compte : ces tableaux ne se trouvent que dans des tombes. Leur fonction était au moins en partie religieuse, pour accompagner le défunt dans un ciel qui continue de tourner. Les historiens ne tranchent pas, et l'article non plus.
Le système ne s'arrête pas avec le Moyen Empire. Au Nouvel Empire, la tombe de Séthi Ier porte une liste complète des décans. Les tombes de Ramsès VI, VII et IX portent une autre méthode, fondée sur le passage des étoiles au méridien plutôt que sur leur lever. L'horloge a changé d'outil ; l'intention est restée.
Ce qui n'est pas égyptien : le zodiaque
Voici la distinction qui éclaire tout le reste. Les décans sont égyptiens. Le zodiaque ne l'est pas.
La ceinture de douze signes de trente degrés chacun est une construction des astronomes de Mésopotamie. Les historiens la situent vers la fin du Ve siècle avant notre ère, sous domination perse ; la date précise reste discutée. Les figures elles-mêmes viennent de loin : la chèvre-poisson du Capricorne, par exemple, est un emblème babylonien du dieu Ea, attesté bien avant le zodiaque.
La géométrie, elle, est grecque. Après la conquête d'Alexandre en 332 avant notre ère, l'Égypte devient un royaume gréco-macédonien, celui des Ptolémées. À Alexandrie se croisent trois héritages : le zodiaque mésopotamien, les décans égyptiens, et la manie grecque de tout ramener à des cercles et à des degrés. C'est de ce croisement, vers la fin du IIe ou le début du Ier siècle avant notre ère, que naît l'astrologie du thème. Les textes de cette époque se placent volontiers sous l'autorité d'un pharaon, Néchepso, et d'un prêtre, Pétosiris. Ces attributions donnent au savoir une origine ancienne et prestigieuse ; qui a réellement écrit ces textes reste discuté.
Dix degrés par décan : une fusion, pas une origine
Pour marier les deux systèmes, il suffisait d'une division. 360 degrés divisés par 36 donnent dix degrés. Chaque signe du zodiaque reçoit donc trois décans. Une série d'étoiles qui servait à compter les nuits devient une subdivision fixe de l'écliptique.
Changement de registre : ce qui suit relève de la convention astrologique, pas de l'astronomie.
La version la plus répandue attribue à chaque décan une planète, dans l'ordre chaldéen, du plus lent au plus rapide. On commence par Mars sur les dix premiers degrés du Bélier, puis le Soleil, puis Vénus, et l'on continue d'un signe à l'autre. Nous avons refait le compte : la boucle place Saturne au premier décan du Lion, et comme trente-six n'est pas un multiple de sept, elle ne se referme pas tout à fait. Mars tient à la fois le dernier décan des Poissons et le premier du Bélier. La case de dix degrés est égyptienne ; l'ordre dit « chaldéen » et la mécanique qui assemble le tout sont grecs.
Il n'y a jamais eu une seule version. Le poète latin Manilius, sous Auguste et Tibère, confie les décans aux signes et non aux planètes, et il est le seul à le faire. Teucros de Babylone, dont la date reste incertaine (on le place au plus tard au Ier siècle), les associe aux constellations qui se lèvent en même temps. Son « Babylone » serait d'ailleurs la forteresse de ce nom en Égypte, près du Caire actuel.
Un dernier fil relie les deux mondes. Le mot grec pour l'Ascendant, horoskopos, veut dire à peu près « celui qui marque l'heure ». Le point du ciel qui se lève à l'est, le cœur du thème, porte encore dans son nom le geste des veilleurs égyptiens qui guettaient un décan à l'horizon pour savoir l'heure.
Dendérah : les deux ciels sur un même plafond
Si tu vas au Louvre, tu peux voir ce croisement dans la pierre. Le zodiaque de Dendérah est un bas-relief circulaire en grès de 2,55 mètres sur 2,53, sculpté au plafond d'une chapelle consacrée à Osiris, sur le toit du temple d'Hathor, en Haute-Égypte.
Sylvie Cauville et Éric Aubourg l'ont daté de l'été 50 avant notre ère à partir des positions des planètes qu'il figure, sous le règne de Cléopâtre VII. C'est aujourd'hui la date admise.
On y lit les deux systèmes. Au centre, les douze signes, dans des formes que les Babyloniens et les Grecs reconnaîtraient : le taureau, la balance, la chèvre-poisson. Certains ont pris un costume égyptien : le Verseau y est Hâpy, le dieu de la crue du Nil, qui verse l'eau de deux vases. Sur le pourtour, trente-six figures : les décans, qui continuent de découper l'année et la nuit.
Son histoire moderne vaut le détour. Repéré en janvier 1799 pendant l'expédition de Bonaparte, il est découpé et extrait en 1821 par Lelorrain, envoyé par le collectionneur Sébastien Louis Saulnier, avec l'autorisation de Méhémet Ali. Louis XVIII l'achète en 1822. Il passe à la Bibliothèque royale, puis revient au Louvre au début du XXe siècle (en 1919 selon le musée). À Dendérah, une copie en plâtre occupe sa place.
À Paris, il déclenche une querelle. Certains savants lui prêtent un âge vertigineux, bien antérieur à la chronologie biblique ; le physicien Biot propose une date plus modeste, mais encore trop ancienne. Champollion défend une date d'époque gréco-romaine en s'appuyant sur les inscriptions et les cartouches. C'est lui qui avait raison sur l'époque.
Ce qu'on en garde chez astrOrganic
Nous devons à l'Égypte des Ptolémées une part réelle de notre façon de faire, et d'abord l'Ascendant. Nos maisons égales se comptent à partir de lui, trente degrés par trente degrés, dans un zodiaque tropical calculé par la Swiss Ephemeris. Nous ne lisons pas les décans. Nous ne les tenons pas pour faux : c'est une couche de la tradition que nous n'avons pas choisi d'employer, parce qu'elle multiplie les significations sans nous aider à décrire mieux.
Nous gardons surtout une leçon de méthode. Une même case de dix degrés a été une étoile qui donnait l'heure, puis une division géométrique, puis une planète maîtresse. Aucun de ces sens n'était caché dans le ciel. Chacun a été posé par des gens précis, à une époque précise. L'astrologie n'est pas une science au sens de la physique ; c'est une grammaire de lecture qui s'est construite ainsi, par couches, et nous préférons te montrer les couches.
Ton Ascendant, le marqueur d'heure
Le thème natal part du point qui se levait à l'est à ta naissance, puis situe chaque planète par son signe, sa maison et ses dialogues — en disant chaque fois ce qui relève du calcul et ce qui relève de la convention.
Découvrir le thème natal →Une seule chose à observer : ce soir, regarde l'horizon est une heure après le coucher du Soleil, puis à nouveau une heure plus tard. Les étoiles qui se sont levées entre-temps sont celles qu'un veilleur égyptien aurait lues comme une heure de la nuit.
Pour aller plus loin : L'astrologie babylonienne : du présage royal au premier horoscope · Les sept visibles : deux mille ans d'observation avant le télescope · L'Ascendant : pourquoi il en dit plus que le signe · Tous les articles du carnet