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Uranus, Neptune, Pluton : une symbolique de moins de deux siècles

Les sept anciens ont été regardés pendant deux millénaires. Les trois autres ont été nommés hier, à l'échelle de l'astrologie — et leur symbolique a donc été fabriquée sous nos yeux, par des gens dont on connaît les noms.

Le carnet · écrit par Jules, relu par Aurélie

Un fait : trois dates, et pas une de plus

Uranus le 13 mars 1781. Neptune le 23 septembre 1846. Pluton le 18 février 1930. Ces trois astres n'existaient pas pour l'astrologie avant ces dates — non pas qu'ils n'étaient pas là, mais personne ne pouvait les voir ni les calculer.

Cela veut dire une chose simple et rarement dite : toute l'astrologie d'avant 1781 se passe d'eux. Ptolémée, les traités arabes, la Renaissance, tout cela lit des cartes à sept astres. Ce qu'on dit aujourd'hui d'Uranus n'a pas été transmis : il a été inventé, au sens propre — construit par des praticiens à partir d'un nom et d'observations.

Et le processus est documenté. On sait qui a écrit quoi, et quand. C'est une situation exceptionnelle dans l'histoire des symboliques, et il serait dommage de la cacher.

Comment on donne un sens à une planète neuve

Trois ingrédients, toujours les mêmes, et aucun n'est une preuve.

Le nom d'abord. Il oriente tout. Uranus a reçu le nom du ciel primordial, père de Saturne — donc quelque chose qui précède et qui dépasse la limite. Neptune a reçu celui du dieu des mers, à cause de sa couleur bleue, donc l'eau, la dissolution, ce qui n'a pas de forme fixe. Pluton a reçu celui du monde souterrain, donc ce qui est caché, ce qui finit, ce qui se transforme hors de vue. Chaque lecture découle du baptême, pas l'inverse.

L'époque ensuite. Uranus est découverte en 1781, entre la révolution américaine et la française, au début de l'ère industrielle. Les astrologues du siècle suivant y ont lu la rupture, l'électricité, l'invention, le refus de l'ordre établi. Neptune arrive en 1846, dans le siècle du romantisme, des débuts de la photographie et bientôt de la psychanalyse : on lui a donné l'imaginaire, l'inconscient, le flou. Pluton surgit en 1930, entre les deux guerres, au moment de la crise et de la physique nucléaire : on lui a attribué le pouvoir, la destruction, la transformation profonde.

Cette correspondance entre la date de découverte et le sens attribué est frappante. Elle est aussi circulaire : les astrologues qui l'ont établie vivaient à ces époques et y cherchaient du sens. Ce n'est pas une confirmation, c'est une trace de fabrication.

L'usage enfin. Deux siècles de praticiens ont testé ces attributions sur des cartes, en ont gardé certaines, en ont abandonné d'autres. C'est le seul des trois ingrédients qui ressemble un peu à une vérification — et il faut dire ce qu'il vaut : une sélection par l'usage, sans protocole, dans un milieu qui se cite lui-même.

Ce qu'on a appris de Pluton en 2006

Le 24 août 2006, l'Union astronomique internationale reclasse Pluton en planète naine. Le motif est précis : une planète doit avoir nettoyé son voisinage orbital, et Pluton partage le sien avec des milliers d'objets. Elle reçoit même un numéro de petit corps, 134340, le 7 septembre.

La réaction dans le milieu astrologique a été instructive. Beaucoup ont répondu que « Pluton reste Pluton » — ce qui est vrai, et ne répond pas à la question. Certains ont argumenté que la décision était politique, ce qui est une manière d'éviter le sujet.

La réponse honnête nous paraît autre, et nous la donnons telle quelle : la lecture astrologique n'a jamais reposé sur un statut de classification. Elle repose sur une convention attachée à un point du ciel dont la position se calcule. Ce point existe toujours, il se calcule comme avant, et la convention n'a pas changé d'un jour à l'autre parce qu'une assemblée d'astronomes a voté.

Ce que l'épisode montre surtout, c'est que le nom et le statut viennent des astronomes, et le sens des astrologues. Les deux métiers ne parlent pas de la même chose, et personne n'a à valider l'autre.

Et les suivantes ? Cérès, Chiron, et ce qu'on en fait

Le problème ne s'est pas arrêté en 1930, et il vaut la peine d'être posé, parce qu'il se reposera.

Cérès a été découverte en 1801, considérée comme une planète pendant un demi-siècle, puis déclassée en astéroïde quand on s'est aperçu qu'elle avait des milliers de voisines — exactement le sort de Pluton, cent cinquante ans plus tôt. Elle est aujourd'hui planète naine, comme elle.

Chiron, trouvée en 1977, est un petit astre qui circule entre Saturne et Uranus. Sa lecture a moins de cinquante ans, et elle s'est diffusée très vite — plus vite que celle d'aucune autre. Nous l'employons, et l'article qui lui est consacré dit franchement ce qu'elle vaut et ce qu'elle ne promet pas.

Depuis, les astronomes ont trouvé des milliers d'objets transneptuniens, dont plusieurs comparables à Pluton. Faut-il tous les lire ? Notre réponse est non, et elle n'est pas dogmatique : une grille qui ajoute un point chaque fois qu'un télescope en trouve un ne décrit plus rien, elle se dilue. Nous nous en tenons à ce qui a été éprouvé, et nous disons depuis quand.

Ce que ça change à la lecture

Une conséquence pratique, et elle est importante.

Ces trois planètes sont très lentes : Uranus reste sept ans dans un signe, Neptune quatorze, Pluton de douze à trente et un. Leur signe décrit donc une classe d'âge entière, pas une personne. Ce sont des positions de génération, et une symbolique récente appliquée à une position générationnelle produit exactement le genre de phrase creuse qu'on lit partout.

Ce qui reste personnel, c'est la maison où la planète tombe — qui dépend de l'heure de naissance et change toutes les quelques minutes —, ses dialogues avec les points rapides, et les maisons qu'elle gouverne. C'est là que nous lisons, et nulle part ailleurs.

Autrement dit : plus une symbolique est récente et plus la planète est lente, plus il faut être précis sur ce qui appartient à la personne. C'est une règle de prudence, et elle nous sert tous les jours.

Ce que ça ne dit pas

Ni que ces lectures sont fausses, ni qu'elles sont vraies. Une convention construite en deux siècles n'est pas disqualifiée par sa jeunesse — mais elle ne peut pas se réclamer d'une sagesse immémoriale, et c'est pourtant ce qu'on lui fait dire souvent.

Et rien de tout cela n'autorise à annoncer des ruptures, des crises ou des bouleversements. Une astrologie qui prédit des chocs se rend intéressante à peu de frais, et elle se trompe aussi souvent qu'une pièce lancée en l'air.

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Le thème natal distingue systématiquement ce qui relève de ta génération et ce qui te revient en propre — la maison, les dialogues, les domaines gouvernés — pour Uranus, Neptune et Pluton.

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Une seule chose à observer : cherche l'année de découverte d'un astre avant de croire ce qu'on te raconte de sa symbolique « ancestrale ». Trois d'entre eux ont moins de deux cent cinquante ans.

Pour aller plus loin : Pourquoi les planètes portent ces noms-là · Les sept visibles : deux mille ans avant le télescope · Pluton : ce qui se transforme ou ne bouge pas du tout · Tous les articles du carnet