D'où vient le symbole du Bélier ?
Le symbole du Bélier vient de trois sources empilées. Une constellation, que Babylone appelait d'abord « l'ouvrier agricole ». Un mythe grec, celui du bélier à la toison d'or. Et un choix d'astronomes, qui ont fait commencer le zodiaque à l'équinoxe de printemps. Le caractère qu'on prête au signe est venu après, par une quatrième voie : une règle de répartition des planètes.
Cet article ouvre une série : un signe toutes les deux semaines, et pour chacun la même question. Qu'est-ce qui vient du ciel, qu'est-ce qui vient d'une histoire, et qu'est-ce qui a été construit ensuite ?
Un fait : le signe n'est plus sous ses étoiles
Il y a deux Béliers, et on les confond presque toujours.
Le signe est une portion de cercle : les trente premiers degrés du zodiaque, comptés à partir du point où se trouve le Soleil à l'équinoxe de mars. C'est une convention de géométrie, calée sur les saisons. En 2027, le Soleil y entre le 20 mars vers 21 h 25, heure de Paris, et en sort le 20 avril vers 9 h 18.
La constellation est un groupe d'étoiles, plutôt discret. La plus brillante s'appelle Hamal, d'un mot arabe qui désigne la tête du bélier.
Vers 130 avant notre ère, quand l'astronome grec Hipparque fixe le point de l'équinoxe, il tombe dans cette constellation. Nous avons refait le calcul : Hamal se trouvait alors à 8° du signe du Bélier. Elle est aujourd'hui à 8° du signe du Taureau. Trente degrés de glissement, soit un signe entier.
La cause est connue. L'axe de la Terre tourne lentement sur lui-même, comme celui d'une toupie, et le point de l'équinoxe recule devant les étoiles d'un degré tous les 71,6 ans. C'est la précession des équinoxes. Il lui faut environ 2 150 ans pour parcourir un signe.
Conséquence : le Soleil ne passe plus devant les étoiles du Bélier en mars, mais de la fin avril à la mi-mai. Le zodiaque que nous utilisons n'a pas fait d'erreur pour autant. Il suit les saisons, pas les étoiles. Ce sont deux repères différents, et il vaut mieux le savoir avant de lire quoi que ce soit dans un signe.
Avant le bélier, un ouvrier agricole
Le zodiaque est né en Mésopotamie, et la première figure de cette région du ciel n'était pas un animal.
Dans les tablettes babyloniennes qui recensent les constellations, compilées vers 1000 avant notre ère, ce groupe d'étoiles porte un nom qu'on traduit par « l'ouvrier agricole », ou « le journalier ». Le bélier arrive plus tard dans la tradition babylonienne, sans doute parce que la constellation a été rapprochée d'un dieu berger, Dumuzi. Les historiens ne savent pas dater ce passage avec précision.
Retiens la leçon, elle vaudra pour d'autres signes : la figure a changé, le découpage du ciel est resté. Les Grecs ont hérité d'un bélier déjà installé, et ils lui ont cherché une histoire. Nous racontons cet héritage dans l'article sur l'astrologie babylonienne.
Le mythe : un bélier qui sauve, puis qu'on sacrifie
L'histoire que les Grecs ont posée sur ces étoiles est celle de deux enfants en danger.
Athamas, roi en Béotie, a deux enfants de Néphélé, dont le nom veut dire la nuée : Phrixos et Hellé. Il se remarie avec Ino, qui veut se débarrasser d'eux. Elle fait griller les semences en secret. Rien ne lève, la famine s'installe, et un faux oracle désigne le remède : sacrifier Phrixos.
Au moment du sacrifice, Néphélé envoie un bélier ailé, à la toison d'or. Les deux enfants montent sur son dos et s'envolent vers l'est. Au-dessus du détroit qui sépare l'Europe de l'Asie, Hellé tombe et se noie. Le détroit s'appellera l'Hellespont, la mer d'Hellé. Ce sont aujourd'hui les Dardanelles.
Phrixos arrive seul en Colchide, au bout de la mer Noire. Là, il sacrifie le bélier à Zeus et offre la toison au roi Aiétès, qui la cloue à un chêne dans un bois consacré à Arès, sous la garde d'un dragon. C'est cette toison que Jason et les Argonautes viendront chercher. Pindare chante déjà leur voyage en 462 avant notre ère.
Reste à expliquer la constellation. Hygin, qui compile les récits du ciel à l'époque romaine, écrit que Néphélé a placé l'image du bélier parmi les étoiles. Il rapporte aussi une version qu'il attribue à Ératosthène : le bélier aurait lui-même ôté sa toison pour la laisser à Phrixos. Voilà pourquoi, dit le récit, la constellation est si pâle.
C'est une explication poétique d'un fait vrai : ces étoiles sont faibles. Et c'est le mouvement habituel d'un mythe du ciel. Il ne produit pas la figure, il vient la justifier.
Relis l'histoire en cherchant le guerrier. Il n'y en a pas. Ce bélier porte, sauve, puis il est donné. Le seul lien avec le dieu de la guerre, c'est le bois où pend sa toison.
D'où vient alors le Bélier « fonceur » ?
D'une construction en quatre couches. Tout ce qui suit relève de la convention symbolique : une grille transmise, pas un fait du ciel.
La première place. Ptolémée, au IIe siècle, le dit sans détour : un cercle n'a pas de commencement naturel, alors on choisit l'équinoxe de printemps. Le Bélier devient le premier signe par décision de calendrier. La tradition y a lu le commencement, l'élan, ce qui démarre. L'idée vient de la saison.
Mars pour maître. L'astrologie grecque a réparti les sept astres visibles entre les douze signes selon un schéma régulier : le Soleil et la Lune en plein été, puis les planètes de part et d'autre, de la plus rapide à la plus lente. Dans ce partage, Mars reçoit le Bélier et le Scorpion. Le caractère combatif du signe vient de là : d'une règle de répartition, pas du mythe. Nous détaillons la planète dans l'article sur Mars.
Le feu, et le mode cardinal. Les signes ont été classés en quatre éléments et en trois modes. Le Bélier est rangé dans le feu, et parmi les signes qui ouvrent une saison. C'est un classement, élégant et commode.
La tête. Les Anciens ont posé le zodiaque sur le corps, de la tête aux pieds. Le poète Manilius, au Ier siècle, donne la tête au Bélier et les pieds aux Poissons. « Tête baissée » vient en partie de là. Nous n'en tirons aucune indication de santé : c'est une image d'époque.
L'animal a fait le reste. Un bélier charge, et l'image était trop commode pour ne pas servir. Mais elle est arrivée en dernier, pour illustrer des couches posées avant elle.
Et le signe ♈ ?
Deux traits courbes qui partent d'un même point : on y lit les cornes et le chanfrein de l'animal. Ce dessin est moins ancien qu'on le croit. Les symboles des signes apparaissent dans des manuscrits byzantins du Moyen Âge, et leur forme actuelle se fixe à la Renaissance, comme une simplification des figures qu'on dessinait en entier.
Ce que le symbole ne dit pas
Il ne décrit personne.
« Être Bélier », dans le langage courant, veut dire que le Soleil se trouvait dans ces trente degrés le jour de ta naissance. C'est un placement parmi une douzaine, et il ne dit rien de ton Ascendant, ni de la Lune, ni du reste. Nous expliquons ailleurs pourquoi l'horoscope par signe dessert l'astrologie.
À l'inverse, le Bélier est dans tous les thèmes. Chez chacun, il occupe une des douze maisons, vide ou habitée. Une lecture sérieuse ne demande pas « es-tu Bélier ? ». Elle demande où le signe tombe dans ta carte, quels astres s'y trouvent, et où se tient Mars. Tu peux le voir toi-même en calculant ta carte, gratuitement.
Point d'honnêteté : l'astrologie n'est pas une science au sens de la physique. Ces correspondances sont une grille de lecture, vieille de deux mille ans et retouchée sans cesse. Savoir comment elle s'est fabriquée ne la détruit pas. Ça empêche seulement de la prendre pour une loi.
Où tombe le Bélier dans ton thème ?
Le thème natal lit chaque signe à sa place : la maison qu'il occupe chez toi, les astres qui s'y trouvent, et la position de son maître. Le fait calculé d'abord, la lecture ensuite, toujours signalée comme telle.
Découvrir le thème natal →Une seule chose à observer : la prochaine fois qu'on te décrit « un Bélier », demande-toi d'où vient chaque trait. Du ciel, du mythe, ou d'une règle de répartition ?
Pour aller plus loin : Pourquoi les planètes portent ces noms-là · L'astrologie babylonienne · Mars · Tous les articles du carnet